Quick facts
- Emplacement
- Cité du Havre, entre le Vieux-Montréal et les îles du Saint-Laurent
- Meilleure période
- Toute l'année ; la vue extérieure est gratuite et toujours accessible
- Comment y aller
- 15 min à pied du métro Square-Victoria (lignes verte/orange) ou taxi depuis le Vieux-Montréal
- Durée recommandée
- 1 à 2 heures
Habitat 67 est l’un des bâtiments les plus photographiés du Canada et l’une des expériences de logement les plus commentées du XXe siècle — une structure conçue comme une proposition utopique pour la ville de demain, passée paradoxalement du statut de révolutionnaire à celui d’exclusive. Le complexe de 354 modules préfabriqués en béton, empilés en une grille tridimensionnelle irrégulière sur la péninsule de la Cité du Havre — visible depuis la promenade du Vieux-Port et le pont Jacques-Cartier —, est à la fois un monument à l’idéalisme moderniste et un immeuble résidentiel confortable (et désormais très prisé) où de vraies personnes mènent une vie ordinaire.
Conçu par l’architecte israélo-canadien Moshe Safdie comme mémoire de maîtrise à l’Université McGill, puis commandé pour l’Exposition universelle de 1967 (Expo 67), Habitat 67 devait prouver que la densité urbaine pouvait offrir à chaque résident un espace extérieur privé, de la lumière naturelle, de l’air frais et un sentiment d’identité individuelle au sein d’une structure collective. La thèse était convaincante. Le résultat — après avoir survécu à l’après-Expo au milieu de controverses financières et structurelles — est devenu l’une des adresses les plus recherchées de Montréal.
Le concept architectural
L’argument central de Safdie était que densité urbaine et agrément résidentiel n’étaient pas incompatibles : un immeuble dense pouvait offrir à chaque unité une terrasse-jardin privée, un accès direct à la lumière naturelle sous plusieurs orientations, aucun mur mitoyen ne servant pas également de soutien structurel, et un sentiment d’identité distincte grâce à la différenciation visible de chaque module dans l’empilement.
Les 354 boîtes de béton ont été préfabriquées hors site, transportées à la Cité du Havre par camion et hissées en place par grue — un procédé de production industrielle appliqué au logement que Safdie espérait rendre abordable grâce aux économies d’échelle. Les dépassements de coûts à la construction furent considérables ; les économies d’échelle ne se matérialisèrent jamais ; et le projet censé démontrer l’urbanisme abordable est devenu, à mesure que sa qualité constructive et son caractère unique se confirmaient, l’un des endroits les plus chers à habiter à Montréal.
La logique formelle de l’empilement n’est pas arbitraire. Chaque module est positionné pour maximiser l’ensoleillement et garantir que le toit du module inférieur forme la terrasse-jardin du module supérieur. Il en résulte un bâtiment sans point de vue unique « correct » : il se lit différemment sous chaque angle et à chaque distance, la grille tridimensionnelle se décalant et se recomposant selon votre position. C’était intentionnel, et cela fonctionne.
Visiter Habitat 67
Habitat 67 est une résidence privée et l’accès à l’intérieur du bâtiment n’est pas ouvert aux visiteurs occasionnels. Le bâtiment peut être contemplé depuis l’extérieur — et la vue extérieure, notamment depuis l’esplanade piétonne longeant sa base, constitue l’essentiel de l’expérience de visite.
La promenade extérieure
La Cité du Havre est accessible à pied ou à vélo depuis la promenade du Vieux-Port via la promenade Marc-Drouin, qui longe le front d’eau en passant par les installations portuaires. La marche depuis le centre du Vieux-Port dure environ 20 minutes ; c’est une agréable promenade au bord de l’eau par beau temps, qui traverse l’infrastructure portuaire conférant au parcours son caractère industriel.
Le bâtiment se dévoile progressivement à l’approche depuis le Vieux-Port — d’abord comme une masse de béton abstraite à l’horizon, puis de plus en plus comme un objet architectural précis à la logique spatiale lisible. L’approche par le sud (côté pont Jacques-Cartier) offre la vue la plus complète sur le volume du bâtiment ; c’est la perspective qu’utilisent la plupart des photographies architecturales.
L’esplanade au pied du bâtiment, face au fleuve, permet l’examen extérieur le plus rapproché. Se tenir sous le bâtiment et lever les yeux vers les modules empilés — les porte-à-faux irréguliers, les terrasses-jardins avec leur végétation visible, les tirants en béton maintenant la structure — rend immédiatement perceptible la logique tridimensionnelle de l’empilement, d’une façon que les photographies restituent rarement.
Visites guidées
La fondation Habitat 67 organise périodiquement des visites guidées du complexe, incluant l’accès aux parties communes et parfois à des unités individuelles. Ces visites sont annoncées sur le site web d’Habitat 67 et dans les médias montréalais consacrés à l’architecture et au design ; elles constituent le seul moyen légitime d’accéder à l’intérieur. La demande dépasse généralement l’offre ; il est nécessaire de surveiller les communications de la fondation si cela vous intéresse.
Le Centre Canadien d’Architecture — l’un des meilleurs musées d’architecture au monde, situé au centre-ville de Montréal — organise périodiquement des visites architecturales de Montréal incluant Habitat 67. La programmation du CCA vaut le détour pour tout visiteur sérieusement intéressé par l’architecture.
Le contexte architectural : l’Expo 67
Comprendre Habitat 67 exige de comprendre le contexte dans lequel il a été construit. L’Expo 67 — l’Exposition universelle de 1967 tenue sur les îles du Saint-Laurent, juste en aval de la Cité du Havre — a été l’exposition universelle la plus réussie du XXe siècle et l’expression de l’extraordinaire confiance culturelle du Canada en son année du centenaire. Les pavillons, l’architecture expérimentale, l’engagement mondial et le sentiment de possibilité qui caractérisaient l’Expo 67 ont produit plusieurs monuments durables.
Habitat 67 est le plus pérenne de ces monuments. Les bâtiments de l’Expo 67 sur l’île Sainte-Hélène et l’île Notre-Dame ont été en grande partie reconvertis ou démolis ; Habitat reste dans sa fonction d’origine, continuellement habité, continuellement photographié et continuellement discuté par quiconque réfléchit sérieusement à la façon dont les villes pourraient loger les gens de manière plus humaine qu’une tour d’appartements conventionnelle.
Habitat 67 et le renouveau du brutalisme
L’architecture brutaliste — caractérisée par l’usage expressif du béton brut et l’expression honnête des systèmes structurels — a connu quelques mauvaises décennies dans l’opinion populaire avant un important renouveau critique dans les années 2000 et 2010. Cette réévaluation du brutalisme a été bénéfique pour la réputation publique d’Habitat 67 ; les qualités du bâtiment ont toujours été évidentes pour les professionnels de l’architecture, mais le regain d’intérêt populaire a attiré un public plus large.
Le contexte montréalais offre plusieurs autres exemples d’architecture moderniste et brutaliste exceptionnelle du milieu du siècle : le Stade olympique de Roger Taillibert (voir notre guide du Parc olympique), la tour de bureaux cruciforme Place Ville-Marie d’I.M. Pei, et les diverses structures de l’Expo 67 en divers états de conservation. Une visite architecturale de Montréal peut s’organiser autour de ces monuments et des nombreux autres bâtiments modernistes significatifs au centre-ville.
Le Centre Canadien d’Architecture
Le CCA, sur le boulevard René-Lévesque Ouest, est l’un des meilleurs musées d’architecture au monde et devrait figurer à l’agenda de tout visiteur passionné d’architecture. Fondé par l’architecte Phyllis Lambert (figure centrale de la préservation du patrimoine architectural montréalais), le CCA conjugue musée d’architecture, bibliothèque de recherche et collection de design avec un programme d’expositions représentant constamment l’état de la pensée architecturale internationale.
Le bâtiment lui-même — une conception de 1989 par Peter Rose et Phyllis Lambert intégrant la Maison Shaughnessy historique de 1874 — est architecturalement remarquable. Le jardin au sud, conçu par Melvin Charney, est en soi une œuvre d’art paysager significative.
Comment se rendre à Habitat 67
À pied depuis le Vieux-Montréal : La marche le long du front d’eau dure environ 20 à 25 minutes via la promenade Marc-Drouin. Agréable par beau temps, le trajet traverse des zones portuaires actives ; il n’est pas pittoresque en tout point, mais la destination justifie l’approche.
En taxi ou VTC : Depuis le Vieux-Montréal, 5 à 10 minutes. Demandez à être déposé à la base d’Habitat 67 sur la Cité du Havre.
En voiture : Stationnement limité sur la Cité du Havre ; le stationnement en rue est possible mais non garanti. L’adresse du bâtiment est le 2600, avenue Pierre-Dupuy.
À vélo : Des stations Bixi sont disponibles le long de la promenade Marc-Drouin. Longer le front d’eau à vélo depuis le Vieux-Port jusqu’à Habitat 67 est l’un des parcours cyclables les plus agréables de la ville.
Informations pratiques
Tarif : Gratuit depuis l’extérieur. Les visites guidées intérieures (lorsque disponibles) sont payantes ; consultez le site de la fondation Habitat 67 pour la programmation en cours.
Photographie : Le bâtiment est librement photographiable depuis l’esplanade publique. Le pont Jacques-Cartier offre une perspective en hauteur qui saisit bien le volume du bâtiment.
Respect des résidents : Habitat 67 est une résidence privée. Les résidents utilisent l’esplanade et les voies d’accès ; les visiteurs sont les bienvenus dans les espaces publics, mais doivent être conscients de la différence entre un site touristique et le domicile de quelqu’un.
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